RDC : Le jour où Joseph Kabila ouvrait le chemin de son propre déclin

RDC : Le jour où Joseph Kabila ouvrait le chemin de son propre déclin

31 janvier 2021 0 Par Grandjournalcd.net

On le connaît un fin stratège. Joseph Kabila a déjoué sans trop s’inquiéter tous les plans de ses adversaires politiques. Son silence mythique et calculateur a su le maintenir au pouvoir dix-huit ans durant. Mais une fois, comme cela devrait forcément arriver un jour, le « Rais » a fauché dans ses calculs. L’ironie du sort, il a également payé pour cette seule fois, des lourdes conséquences qui ont ouvert la porte à une crise sans précédent autour de lui.

Joseph Kabila a régné en maître en République Démocratique du Congo en ayant la main-mise sur le parlement, le gouvernement, les forces de sécurité et de défense, la justice n’en parlons pas. Après dix-huit ans, l’homme de Kingakati a pris le goût de la réussite et son sens de calculateur face à ses choix ont baissé d’un cran. C’est du moins ce qu’on peut dire de son choix sur la personne de Shadary Ramazani lors des tumultueuses élections de 2018.

Le roi de Kingakati ne pouvait plus braver l’opposition ou la majeure partie des congolais et se représenter pour un troisième mandat. Le défi à relever par son camp pour espérer organiser les élections et les remporter sans trop de casses était donc celui de présenter un profil politique moins radical, moins teinté par la réputation « diabolisante » de l’ex camp présidentiel. Et pour cela, le choix de Ramazani Shadary s’avèrait être le dernier envisageable, pourtant… pourtant c’est le choix sur lequel Joseph Kabila se liera au prix de sa survie politique.

Faut-il rappeler que Ramazani, alors vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la sécurité entré en fonction le 20 décembre 2016 est considéré à ce titre comme responsable des multiples atrocités et d’excès de forces sur plusieurs militants et cadres de l’opposition lors de l’éclatement des manifestations anti Kabila de 2016-2018 ?

L’Union européenne l’a même inscrit sur une liste de sanctions le 29 mai 2017, le considèrant comme responsable des arrestations de militants et de membres de l’opposition et de l’usage disproportionné de la force depuis sa nomination, comme l’action violente contre les membres du Nouveau Mouvement religieux Bundu dia Kongo (BDK) fondé en 1969 dans le centre du Congo, la répression à Kinshasa en janvier et février 2017 et l’usage disproportionné de la force et la répression violente dans la province du Kasaï.

L’Union européenne et aussi la majeure partie de la population ont gardé rancune contre lui au-delà du mépris populaire du camp kabiliste. Et pourtant, c’est à celui-là que le « raïs » jettera son dévolu pour sauver son camp de la rancoeur populaire dont il était lui-même et ses lieutenants, victimes.

Personne n’avait parié sur l’actuel secrétaire permanent du PPRD face à des profils pourtant plus conciliants tels que l’ancien premier ministre Matata Ponyo, l’actuel gouverneur du Lualaba Richard Muyej ou même Marie-Olive Lembe sa propre femme connue pour ses œuvres de charité qui lui ont même valu le surnom de « maman wa Roh’o » ( maman de cœur en swahili).

Plusieurs analystes politiques congolais identifient ce choix étonnant de Joseph Kabila comme le point de départ de la crise au sein du Front Commun pour le Congo. Surtout quand les mêmes dirigeants qui ont échoué dans leur mission de faire gagner le « dauphin » sont toujours en place comme si de rien n’était. Pas étonnant que Matata crache dessus, « on change pas l’équipe qui gagne, mais celle qui perd oui. » avait-il lancé dans une récente tribune de presse.

Plusieurs jeunes cadres du Parti de Joseph Kabila (PPRD) sèchent jusque là en vain, en interpellant l’ancien chef de l’Etat sur la nécessité de réaménager les équipes dirigeantes du PPRD et du FCC.

L’autorité morale convoque et écoute les uns et les autres mais ne bouge rien et personne au grand dame de son successeur qui en profite pour consolider son « Union sacrée ».

Comme à l’accoutumée, on s’efforce de croire que « sisa bidimbu » n’a pas encore dit son dernier mot. Difficile de croire que l’ancien chef d’état major des Forces armées congolaises et actuellement sénateur à vie ait véritablement lâché prise pour une retraite apaisée à Kashamata, sa ferme lushoise, loin de la très bruyante Kin la capitale. Jusque là, on s’efforce de le croire…

Jean-Jeef Mwanza