RDC: Lettre ouverte d’un citoyen congolais à Félix Tshisekedi

RDC: Lettre ouverte d’un citoyen congolais à Félix Tshisekedi

9 janvier 2021 1 Par Grandjournalcd.net

Cher Président,
Je n’ai pas voulu imaginer le nombre de menaces et de critiques acerbes qui m’attendent après la publication de cette lettre comme c’est l’habitude actuellement: tout congolais qui prend le courage de parler avec franchise à son Président de la République que vous êtes, fait l’objet de sérieuses attaques comme si en démocratie la liberté d’expressions et d’opinions n’était pas de mise. Poussé par l’esprit patriotique, je me résous de vous écrire peut-être, ma correspondance d’une façon ou d’une autre vous sera utile.

Premièrement Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, je m’interroge si, dois-je vous rappeler que nombreux de ceux qui vous suivent aujourd’hui, ne le font pas parce qu’ils vous aiment mais plutôt, parce que vous avez l’impérium ?
Ces gens, ont été derrière Mobutu jusqu’à le déifier puis l’ont abandonné par la suite. Plus tard, nous les avons vu derrière Joseph Kabila, votre prédécesseur. Certains ont même créé des partis portant son nom malheureusement, à la fin de son mandat, les voilà vous courtiser. Ne soyez pas étonné de les voir un jour, vous tourner le dos : vous serez seul, sans appui et, vous penserez peut-être à cette petite lettre. Ces compatriotes qui vous poussent parfois à prendre des décisions injustes n’ont rien à perdre. Habitués à la transhumance, ils savent qu’avec ou sans vous, ils subsisteront alors que vous, vous avez une responsabilité et des comptes à rendre au peuple qui a fait de vous Président de la République.

Excellence,
Nous ne savons plus s’il faut croire ou non en votre parole. Nous attendions la cohabitation, vous nous avez invités à la coalition (FCC-CACH) que l’on a soutenue pour le bien-être de notre pays. Grand est notre étonnement de vous voir rompre ce que vous avez qualifié de salutaire au profit d’une autre coalition que vous nous demandez de soutenir et ce, sans assurance ni garantie. Qu’est-ce qui peut nous rassurer que cette fois est la bonne surtout que cette nouvelle coalition sera composée des personnes pour la plupart venant des partis ou regroupements politiques qui selon vous et votre entourage sont considérés comme ennemis du peuple, adversaires de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), votre cher parti politique. Ces personnes en dépit de leur versatilité, proviennent essentiellement, de la coalition Lamuka (qui vous a roulé à Genève), du Front Commun pour le Congo, FCC (qui a bloqué votre action durant cette dernière année). Qu’est ce qui a changé ?

Parlant de votre action, lors de la cérémonie de prestation de serment devant la Nation en tant que Chef de l’État il y a deux ans, j’avais essentiellement retenu deux choses que vous nous aviez promises à savoir : le changement et la cohésion nationale.

Le changement.
Je me pose quotidiennement des questions du genre, de quel changement avez-vous parlé parce que, celui auquel l’on assiste n’est pas celui que l’on souhaitait vivre. Nous vivons un changement fade et plein de nocivité. Il résulte de ce changement négatif, une volonté d’amener le pays vers le chaos.

J’ai lu la constitution, nulle part j’ai vu que le Chef de l’État pouvait aussi à l’instar du gouvernement avoir un programme, mais vous, vous en avez eu un, celui de 100 jours et vous en réclamez un autre, celui que vous voulez imposer au gouvernement pendant que c’est ce dernier qui définit selon les prescrits de la constitution la politique de la Nation en concertation avec vous. Je ne suis pas constitutionnaliste mais, définir en concertation avec vous, ne veut pas dire exécuter votre programme sinon, le constituant l’écrirait ainsi noir sur blanc dans la constitution.

Le changement que nous attendions devrait consolider notre jeune et fragile démocratie et ce, dans l’intérêt supérieur de la Nation. Par contre, votre action ne fait qu’altérer davantage le climat démocratique acquis au prix de beaucoup de sacrifices.

Beaucoup d’histoires depuis que vous trônez à la tête de notre Pays, démontrent suffisamment votre volonté d’ignorer la loi surtout lorsque vos intérêts sont menacés. Vous avez sans en avoir le droit suspendu les travaux à la chambre haute du parlement juste parce que vous n’avez obtenu aucun sénateur issu de votre parti qui comptait surtout à Kinshasa plus d’élus que les autres. Le motif avancé portait sur les soupçons de corruption. Supposons que cela soit vrai : en cas de corruption, le corrupteur et le corrompu sont tous fautifs, pourquoi les assemblées provinciales notamment celle de Kinshasa n’ont pas subi la même rigueur? Deux poids, deux mesures.
Permettez-moi de vous épargner de certains détails sur les cas de violation à répétition de la loi orchestrée par votre autorité.

Mais, Excellence acceptez au moins que j’épingle votre activisme dans la démolition de la démocratie dans notre pays. Pour les autres faits, le peuple peut vous accorder son pardon car, ce sont des cas pour certains déjà vécus également décriés. Le grand problème ici, est votre rôle dans le dysfonctionnement et l’instabilité des institutions.

  1. La cour constitutionnelle.
    Faisant partie des cours et tribunaux constituant ainsi la quatrième catégorie d’institutions constitutionnellement reconnues, cette instance juridique est aujourd’hui au centre de plusieurs critiques à cause de la morosité de votre politique judiciaire. Vous avez par exemple nommé à la fois contre la loi, deux juges issus d’une même composante (conseil supérieur de la magistrature) alors qu’il s’agit du renouvellement de la cour qui consiste à la nomination d’un juge par quota ou par composante afin de maintenir l’équilibre et l’impartialité de la plus haute instance judiciaire du pays.
  2. Le Gouvernement.
    Pour rappel Excellence, le gouvernement n’est pas à confondre au cabinet du Président de la République nonobstant le bicéphalisme de l’exécutif national. Le gouvernement est une institution à part entière. Traiter les membres de celui-ci (gouvernement) comme étant astreints de faire uniquement votre volonté, c’est vouloir marcher sur le principe de l’indépendance des institutions qui est un principe sacro-saint de la démocratie. Pensez-vous que c’est possible pour un Dirigeant de faire des choses dont il ne sera pas en mesure de défendre ?
    Étant donné que le Chef de l’État n’a pas de programme à exécuter ni à défendre devant la représentation nationale, la constitution a fait de lui régulateur des institutions, arbitre et garant du bon fonctionnement de celles-ci. Mon souhait, c’est de vous voir indubitablement jouer ce majestueux rôle qui vous place au dessus de toute péripétie inter institutionnelle plutôt qu’être acteur de l’instabilité des institutions comme cela semble être perçu.
  3. Le parlement.
    Encore une autre institution. Monsieur le Président, pourriez vous aujourd’hui prendre votre courage légendaire et dire au peuple que vous êtes fier de la façon dont vous traitez cette institution depuis le début de votre mandature ?

J’ai comme l’impression que l’autonomie du parlement ne nous dit absolument pas grand-chose. Cette manière de négliger le symbole de la démocratie qui est le parlement, a poussé voire les militants de votre parti politique à violer son enceinte, l’assiéger à tout bout de champ sans un mot ni stigmatisation de votre part.
Pas plus tard qu’au lendemain de votre adresse du 06 Décembre 2020, on a assisté à des scènes de honte au sein même des installations de l’Assemblée nationale où les faits saillants restent l’ouverture par le Président a.i de votre parti, de la grille de l’hémicycle pour y introduire des personnes non autrement identifiées afin de semer du désordre cela, contre la volonté de la police nationale commise à la sécurité. Sans oublier, les armes blanches retrouvées toujours au palais du peuple dans les mains des militants de l’UDPS qui seraient armés par un député de celle-ci. Nous avons attendu une condamnation de votre part malheureusement, vous avez préféré garder silence.

Excellence, Comment expliquer qu’en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, vous proférez des menaces de dissolution contre l’Assemblée nationale à défaut d’une majorité parlementaire qui vous sera favorable ? Est-ce que, c’est vraiment de cette façon que l’Assemblée nationale peut-être dissoute ?
Qu’est-ce ce qui reste encore de la démocratie ou de l’État de droit en deux années de votre règne ?

Le Changement du social congolais.
Monsieur le Président de la République, laissez moi vous dire que lorsque je reçois un coup de fil de ma famille à Kananga parfois juste pour me demander 3000fc (Trois mille francs congolais) et ici, vous nous dites le peuple d’abord, je ressens de la migraine.

Quand je vois votre régime ponctionner de la modique rémunération du fonctionnaire, 15% d’impôts professionnels sur le revenu (IPR) sans octroyer à celui-ci les avantages y afférents, je réalise que ce fameux slogan est complètement creux et vide de sens.

Excellence, faites un tour au marché, renseignez-vous sur les prix de toutes sortes de bien, comparez-les à ceux d’il y a une ou deux années passées… La situation est plus que scandaleuse.

Cherchant à trouver le pourquoi de cette morosité conjoncturelle, voilà ce que j’apprends : c’est le Front Commun pour le Congo (FCC) qui bloque l’action du Chef de l’État.

Admettons que cela soit vrai. Cher Président, comment expliquer que ce blocage soit seulement expressif en ce qui concerne le social ?
Le peuple d’abord ! Mais devant les intérêts de ce même peuple, quand vous semblez être bloqué, vous vous arrêtez , vous ne forcez rien. Alors que pour autres choses face à ce même FCC, vous êtes plus que puissant : vous interdisez aux uns de voyager et autres , vous exigez des démissions. Vous faites tomber ceux qui s’obstinent à ne pas exécuter vos ordres…
Où va cette force quand il s’agit du bien-être de la population ? Je comprends tout simplement que cet alibi de blocage n’est qu’une échappatoire.

Le peuple souffre: pas d’eau, pas d’électricité, pas d’emplois, pas de routes que sais-je encore ? L’insécurité alimentaire n’est plus à démontrer. Les tueries ont repris à l’Est de la République comme si le pays n’était pas gouverné.
Il y a toute une panoplie de réalités qui attestent les faiblesses et l’insapidité de votre politique de Changement.

La Cohésion nationale
Monsieur le Président de la République, pourriez-vous en toute sincérité dire actuellement aux congolais que nous sommes que, votre mandat concourt à la cohésion nationale ?
Vous aviez dit dans votre discours d’investiture que votre mandat sera un mandat de réconciliation. Personnellement, je n’ai pas encore vu ni senti cette réconciliation. Nous vivons, la chasse aux sorcières, le chantage, les intimidations, la flambée du tribalisme. Je ne saurais faire ici la liste exhaustive de tous les maux qui gangrènent à présent l’unité congolaise. Depuis votre accession à la magistrature suprême, il s’observe un sentiment tribal opposant les congolais, les uns aux autres à cause du triomphalisme de certains kasaiens qui vous soutiennent. Nous attendons toujours des actions de réprimande de votre part afin d’éradiquer ce vilain fléau qui risquerait d’embraser un jour notre Nation mais sans succès.

Excellence, il y a beaucoup à dire et à écrire, je voudrais m’arrêter par ici. Toutefois, je m’en voudrais si je ne parle pas de l’Union Sacrée de la Nation, ce concept qui ostensiblement vous permet de jeter le grappin sur la classe politique congolaise. Vous l’avez largué comme un filet dans la mare, rassurez-vous que vous n’aurez pas nécessairement que ce que vous désirez étant donné le comportement des hommes politiques congolais habitués à jeter le froc aux ortries. Au regard de l’engouement suscité par ce nouveau vent, je suis persuadé qu’en cas d’échec, le discours du genre: j’ai été leurré, j’ai été marabouté, ne passera plus. Par conséquent, vous serez appelé à endosser la responsabilité.

Élu pour un mandat de 5 ans, deux ans après la prise de fonctions, vous dites: kisalu me banda (le travail commence). Que dire des années d’avant ?
Que dire des deniers publics dépensés pendant ce temps ? Et si le peuple vous demandait de retourner au trésor public tout l’argent décaissé durant la période d’avant l’Union Sacrée, car il n’a servi à rien, seriez-vous en mesure de le faire ou parlerez-vous d’une conspiration ?

Il n’est jamais tard pour mieux faire dit-on, Monsieur le Président, nous attendons de vous, un changement positif à défaut, la sauvegarde des acquis de l’alternance. Nous accepterons aucune dénivellation, aucune régression. Nous voulons vivre un Congo uni et pacifique où règne un pouvoir présidentiel cohésif.

Chez nous on dit, bitshinta biakabumbula nkila (la pression finit par démolir le barrage) donc, si ce changement et cette cohésion promis tardent à venir, nous nous prendrons en charge comme aimait bien le dire votre défunt père d’heureuse mémoire que l’on appelait affectueusement Ya Tshitshi car, le désespoir a atteint son paroxysme.

Fait à Kinshasa, le 08 Janvier 2021.

Votre Compatriote
Stanis Menji, la Sentinelle de la République