Violences sexuelles en RDC : “Cela s’est passé sur la route, Ils m’ont attrapée et violée devant mes enfants, je ressens des douleurs partout” témoigne une victime ( MSF )

Violences sexuelles en RDC : “Cela s’est passé sur la route, Ils m’ont attrapée et violée devant mes enfants, je ressens des douleurs partout” témoigne une victime ( MSF )

20 juillet 2021 0 Par Grandjournalcd.net

Plus de 10.000 personnes dans leur grande majorité des femmes, mineures , ont été violées par des hommes armés , selon un rapport l’organisation internationale, Médecins Sans Frontières dont une copie est parvenue à GRANDJOURNALCD.NET.

Derrière ce chiffre se cache des histoires tristes de ceux qui ont survécu à des violences sexuelles en République Démocratique du Congo. Compte tenu de la stigmatisation dont font l’objet ces personnes, ces chiffres sont loin de représenter l’ampleur réelle du problème.

Si leurs histoires sont bien souvent similaires, toutes les personnes dont les propos sont rapportés ici déclarent endurer leur calvaire au quotidien. Elles vivent ainsi une double peine, celle des blessures physiques et mentales et celle, moins visible et non dite, de l’exclusion socio-économique.

Parmi elles, figure Léonie, 40 ans, vivant au Kasaï, a été violée devant ces enfants mineurs par des personnes inconnues.

« Cela s’est passé sur la route du retour vers la maison. Nous marchions, ma famille et moi, quand nous avons croisé des hommes qui portaient des armes. Ils nous ont arrêtés et menacés de mort. Ils m’ont attrapée et violée, devant mes enfants. Ils étaient six. Je n’ai pas pu fuir à cause des enfants, je ne voulais pas qu’ils leur fassent du mal. Je ne suis plus la même aujourd’hui. Je ressens des douleurs partout, au dos, au bas-ventre,…», rapporte Léonie chez MSF.

Pire encore, son mari l’a répudiée. « Mais le pire, c’est le regard des autres, l’isolement. Une fois de retour à la maison, mon mari m’a signifié la fin de notre union. Il n’a pas supporté ce qu’il a vu. Il m’a répudiée et nous a chassés de la maison, les enfants et moi. Cela fait trois mois que je vis chez des parents. Mes enfants ne voient plus leur père et je tente de subvenir à leurs besoins, en vendant des petites choses au bord de la route », lâche Léonie.

Un seul sentiment pour elle, que la honte soit ôtée. « Le sentiment qui me submerge, quand je les regarde, c’est la honte. La honte quand je pense à ce qu’a vu mon aîné, qui a 12 ans et a assisté au viol de sa mère par six hommes. La honte d’avoir été jetée hors de mon foyer. La honte d’avoir été salie et pointée du doigt par mon mari et sa famille. Mes enfants vont mal. Quand je les regarde, je baisse les yeux. Eux aussi », regrette Léonie, avec des larmes.

Félicitée, 19 ans au Nord-Kivu, a vécu ce drame après avoir été drogué et violée par son oncle.

« Après la mort de mon père, je suis allée vivre chez mon oncle. Quand sa femme sortait acheter des marchandises, il tentait, sans succès, d’avoir des relations sexuelles avec moi. Il voulait que je sois sa femme, il insistait. Un jour, il est venu dans ma chambre et m’a apporté une bouteille de soda. Après l’avoir bue, j’ai perdu la tête : il y avait mis de la drogue. Je me suis réveillée alors qu’il m’avait déjà violée. J’avais tellement peur que je ne savais pas comment en parler. J’avais peur de le dénoncer, les gens se seraient moqués de moi. Mais un jour j’ai eu le courage de le dire à sa femme parce que c’était trop difficile à vivre. Elle m’a chassé de la maison en disant que je cherchais à créer un problème dans sa famille. Après ça, je ne savais plus quoi faire, je n’avais que 17 ans et je devais trouver de quoi gagner ma vie. Je n’avais nulle part où aller. Pour survivre, je suis devenue travailleuse du sexe » rappelle en larmes Félicitée.

Louise, 28 ans, en Ituri, a été violée par une de ses connaissances.

« J’ai divorcé car mon mari ne s’occupait pas des enfants, il n’était pas responsable. Il travaillait dans une mine, il dépensait tout son argent dans l’alcool. Il est parti avec une autre femme. Je suis divorcée depuis six mois. Je revenais d’un enterrement quand un homme que je connaissais m’a arrêtée et violée. Il m’avait demandé de l’épouser, j’avais refusé. Je suis une personne divorcée, mon mari ne remplissait pas ses obligations, il buvait et dépensait tout l’argent de notre ménage. Mon violeur n’était pas armé. J’étais très choquée. J’ai réussi à rentrer chez moi et retrouver mes enfants.
Je suis allée à l’hôpital. Là-bas, j’ai fait un test de grossesse et j’ai décidé de prendre le traitement médical pour éviter de tomber enceinte suite à ce viol. »

Marie, 20 ans au Nord Kivu a été violée en plein travaux champêtres.

« Je me rendais au champ. Autour de 15h, des hommes nous ont arrêtés en route. Ils ont demandé aux hommes de s’asseoir par terre. Ils ont dit : “ Vous, les femmes, descendez dans la brousse ”.
Ils ont alors commencé à nous violer l’une après l’autre. L’une d’entre nous a crié et a voulu résister. Mais ils ont commencé à charger leurs armes en disant qu’ils allaient nous tuer si nous continuions à résister. C’est ainsi qu’ils nous ont violées, toutes. Avant de partir, ils ont pris nos téléphones ».

Jeanne, 28 ans au Kasaï, a vécu ce viol par des hommes armés. Arrivée chez elle, son mari qui ne croyait pas à cette triste réalité, décida de l’abandonner.

« J’étais allée voir mes parents dans leur village, en brousse ; je leur apportais de la nourriture parce qu’ils sont vieux et ont besoin de mon aide. J’ai croisé cinq hommes armés sur la route. Ils m’ont arrêtée, jetée par terre… Deux m’ont violée, les trois autres ont attendu que ça se termine avant que tous ne reprennent leur route, me laissant là. Ils ont pris tout ce que j’avais, toutes les provisions, le peu d’argent que j’avais.
Je suis rentrée chez moi comme j’ai pu, j’avais mal partout. Quand je suis arrivée à la maison et que j’ai expliqué à mon mari ce qu’il s’était passé, il m’a jeté dehors et m’a séparée de mes trois enfants. Ils ont été confiés à une tante, je n’ai pas le droit de leur rendre visite. Ils ont entre deux et six ans, ils sont si petits ».

Et enfin Bernadette, 28 ans, vivant à l’ Ituri subit mentalement et physiquement les conséquences du viol.

« Je viens d’un village près du lac Albert qui a été attaqué. C’est pour cela que je suis venue me réfugier ici. Lors de l’attaque, l’un des hommes armés m’a demandé : « Entre la vie et la mort… tu choisis quoi ? J’ai répondu : « La vie ! ». Alors ils m’ont violée. Plusieurs fois.
Après plusieurs jours, je suis allée voir la relais communautaire de notre camp pour lui raconter ce qui m’était arrivée. Elle m’a alors orienté vers MSF. Là-bas, j’ai pu prendre des médicaments et j’ai été prise en charge psychologiquement. La vie est dure. Je subis mentalement et physiquement les conséquences de ce viol. Je veux que la paix arrive en Ituri pour rentrer dans ma famille et dans mon village ».

A cela, MSF appelle les autorités locales et internationales a une mobilisation urgente pour les femmes victimes des violences sexuelles.

Dan de Dieu KAYANDA