RDC/ratification de l’accord de la ZLECA : «  qu’est ce que la RDC a comme intérêt à participer à un contrat qui semble être léonin ? » Patrick Civava

RDC/ratification de l’accord de la ZLECA : « qu’est ce que la RDC a comme intérêt à participer à un contrat qui semble être léonin ? » Patrick Civava

10 février 2021 0 Par Grandjournalcd.net

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est un projet mis en place par les pays africains et qui pourrait, selon ses initiateurs, permettre aux pays africains de faire sortir de l’extrême pauvreté 30 millions d’habitants et d’accroître le revenu de 68 millions d’autres personnes qui vivent avec moins de 5,50 dollars par jour tel qu’en République Démocratique du Congo.

La RDC qui vient de ratifier cet accord fuguerait jusque là parmi les 18 pays signataires qui hésitent encore sur base de l’intérêt de leur pays en ratifiant. La plupart des parlements de ces pays sont retissants à cause des doutes sur la survie de la main-d’oeuvre et des PME locales face à la concurrence des multinationales éparpillées à travers l’Afrique et qui pourront , de ce fait, concentrer leurs exportations dans les secteurs les plus compétitifs au détriment des modestes entreprises locales.

En plus, ce pays à neuf voisins dépend beaucoup des recettes de sa douane qui se trouve être parmi les trois premiers secteurs générateurs de recettes au budget national. Adhérer à la libre échange s’avère donc être en defaveur de cet avantage géographique dont bénéficie la RDC. En décidant de se passer de cette opportunité, les dirigeants congolais ont-ils pensé à la remplacer par une plusvalue ? Surtout quand on pense au nombre des chômeurs qu’ajouterait plusieurs secteurs douaniers à travers nos frontières…

La libre échange pour s’échanger quels produits ?

En outre, si la libre échange ratifiée par la RDC consistera à importer le pétrole et l’huile de palme du Nigeria, le cacao ivoirien et camerounais, le maïs sud-africain ou encore le coton burkinabé, la RDC aurait mieux fait de rester à l’écart.

Déjà qu’à ce jour, notre pays exporte les biens de consommation à près de 90 pour-cent. Le seul produit exporté par la RDC et qui souffle tant soit peu son économie quasiment inexistante à ce jour reste l’étain qu’il dispute d’ailleurs avec le Rwanda.

Pourtant , ce deuxième pays le plus vaste dispose des plus de 80 % des terres arables, il a été durant l’époque du Zaïre l’un des meilleurs producteurs de l’huile de palme, du coton et de bien d’autres produits agricoles au niveau mondial. Que sommes nous devenus ? Que fait-on de ces terres arables , encore maintenant qu’on ouvre nos portes gratuitement aux commerçants étrangers ?

Le taux de chômage chez les jeunes a déjà atteint des proportions scandaleuses dans ce pays où plus de 70% de la population est jeune.

Ceci nous pousse à Imaginer la terreur qu’inspire l’avenir des entreprises génératrices d’emploi au niveau local lorsqu’elles seront titillées par une concurrence économique étrangère, plus puissantes et encombrante.

Qu’est ce qui arrivera au peu de travailleurs qui assurent à ces jours la survie des familles congolaises lorsque leurs PME fermeront puisque déstabilisées par la concurrence des étrangers confectionaires de souliers, des canapés, exportateurs des auto mobiles et des appareils électro ménagers, ou même pharmaciens et boutiquiers à des prix imbattables ?

La plus grande inquiétude ne reste-t-elle pas celle de savoir ce que nous proposerons sur le marché africain pour tirer profit de cet accord en contrepartie de l’ouverture de notre faible économie aux étrangers ?

La ratification de cet accord poussera-t-il comme par un bâton magique le congolais à l’entrepreunariat agro-alimentaire, la principale force potentielle de la RDC sur le plan économique ?

Le gouvernement et le parlement congolais peuvent encore mesurer la gravité de l’acte posé en ratifiant cet accord, et agir en conséquence en s’activant sur les financements des projets locaux , question de résister au contre choc économique auquel notre pays doit s’engager à être confronté.

Pour l’instant, la RDC n’a rien à donner dans cette convention internationale de libre échange, elle ne fera que subir et la grande question à se poser est celle de savoir, les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts, qu’est ce que la RDC a comme intérêt à participer à un contrat qui semble être léonin ?

La question reste pendante, même si nous pourrons sentir le spectre de l’illégitimité de l’exécutif et du législatif congolais parmis les causes de ce cadeau que le pays offre aux autres, l’ouverture de ses frontières à tous.

Patrick CIVAVA Mbasha Ecibegeza