RDC : Que sont devenues les infrastructures scolaires quatre ans après leur destruction durant les violences au grand kasaï, suivie de la pandémie du COVID-19 ?

RDC : Que sont devenues les infrastructures scolaires quatre ans après leur destruction durant les violences au grand kasaï, suivie de la pandémie du COVID-19 ?

13 août 2020 0 Par Grandjournalcd.net

« Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre », (Winston CHURCHILL)

Dans son livre : « LES MASSACRES À HUIS CLOS DANS LE GRAND KASAÏ », fouillé aux éditions l’Harmattan, Germain Joseph MUANZA, Historien Criminologue, revient sur les dégâts causés par le conflit il y a de cela 4 ans.

D’abord, une pensée pour tous les élèves et les professionnels chargés de l’éducation tombés sous les balles des forces de sécurité ou sous les armes blanches des miliciens durant cette période. Une pensée particulière aux Inspecteurs de l’EPSP kidnappés le 30 avril 2017, puis décapités par des miliciens sans vergogne à KAFUBA dans le territoire de KAZUMBA.

Tombés dans l’exercice de leurs fonctions, nous demandons aux autorités provinciales du Kasaï Central et au nouveau gouvernement en tête duquel le Chef de l’État, l’aboutissement des enquêtes sur leur assassinat et l’indemnisation des familles éplorées.

Rappelons que durant toute la période du conflit, surtout avec la décapitation par les miliciens de ces hauts cadres de l’éducation, toutes les activités scolaires étaient bloquées. Plus de 150.000 enfants étaient privés ou avaient un accès réduit à l’école en raison de l’insécurité grandissante depuis septembre 2016.

Des attaques avaient endommagé 639 écoles primaires et secondaires dans le grand Kasaï où des nombreuses écoles servaient des lieux d’hébergement de fortune pour les déplacés. Certaines infrastructures scolaires étaient occupées par les miliciens ou par les forces de sécurité. Et face à cette violence, les enseignants hésitaient à se rendre dans leurs écoles, la décapitation des inspecteurs ayant créé la psychose. Pour ceux qui avaient le courage de s’y rendre, ils subissaient la colère des miliciens qui les assimilaient aux traîtres ou celle des forces de sécurité qui les considéraient comme des complices. Le cas du 30 avril 2017 en est un exemple patent.

Pendant toute la période des violences, plus d’un enfant sur dix en âge d’aller à l’école avait vu sa scolarité interrompue d’une manière plus ou moins longue à cause du conflit et de l’insécurité qui avaient secoué la région. Plusieurs écoles dans cet espace du grand Kasaï n’étaient plus opérationnelles depuis plus de 100 jours, soulignait l’UNICEF dans un rapport indiquant avoir besoin de 40, 2 millions de dollars pour une réponse urgente, sinon une génération entière risquait d’être sacrifiée si rien n’était fait pour apporter une assistance à l’éducation en situation d’urgence dans le grand Kasaï.

Suite à cette insécurité, l’évaluation des élèves finalistes du primaire avait été décalée au Kasaï Central. Selon la direction provinciale de l’EPSP, cet examen concernait 61.202 élèves dont 26.138 filles et 35.065 garçons répartis dans 240 centres. L’appui du Conseil Norvégien des Réfugiés avait payé les frais de participation de 1.608 élèves des communes de KATOKA et de NGANZA, déclarées communes sinistrées dans la ville de KANANGA. Au même moment, au Kasaï Oriental, plus de 11.000 finalistes du primaire n’avaient pas passé leurs examens pour les mêmes mobiles.

Durant cette période, les observateurs des Nations Unies, notamment l’UNICEF déclaraient que les conséquences des violences devaient se faire sentir dans la durée dans les zones touchées ; plusieurs enfants souffraient de la malnutrition aiguë et sévère. Quelques centres d’examens d’État édition 2017 situés dans les zones d’insécurité avaient été délocalisés, décision prise le 19 juin afin de permettre aux élèves finalistes de passer leurs épreuves dans la quiétude et la sécurité.

Dans la province de LOMAMI, dans le territoire de KAMAJI, les élèves finalistes du secondaire avaient passé leurs épreuves à MUENE DITU. Bon nombre de localités du territoire de KAMAJI continuaient à subir les violences dues à la présence des miliciens. L’insécurité y était présente partout. Cette délocalisation ne permettait pas à tous les candidats d’effectuer le déplacement vers de nouveaux centres. Sur plus de 420 candidats attendus à MUENE DITU, seuls 143 avaient fait le déplacement. La plupart des familles disaient manquer des moyens financiers pour supporter le transport, le séjour et les frais de participation à MIABI, chef-lieu du territoire. Dans le territoire de KABEYA KAMWANGA, le centre de NTENDA était ramené du chef-lieu à KENA-NKUNA.

Dans la province du Kasaï, l’examen d’État a été programmé un mois après le programme officiel. La scolarité a été perturbée à cause de l’insécurité dans les zones comme KAMONIA, KAMAKO, NSUMBULA, DIBOKO, MUDIADIA, KAMUESHA…. Les violences y ont fait des centaines voire des milliers des morts. C’est dans ces zones où plusieurs fosses communes ont été découvertes. Les épreuves préliminaires des examens d’État n’y ont pas été organisées. Comme dans d’autres provinces du grand Kasaï, beaucoup d’écoles y ont été endommagées et avaient subi les affres des violences des miliciens ou des forces de sécurité. Plusieurs enseignants y avaient trouvé la mort, ce qui avait créé une certaine psychose dans les populations estudiantines.

Dans les localités de LUNKAMBA, NGANDUAMBULA, LUNYANYA, MASANGU ANAYI… 140 écoles ont été endommagées.
Au cours de l’année scolaire 2016-2017, 90.000 élèves n’ont pas eu droit à l’éducation dans les deux provinces du Kasaï et du Kasaï Central. 354 écoles dont 87 dans le Kasaï et 267 au Kasaï Central avaient été pillées ou détruites.

Comme si cela ne suffisait pas, le Coronavirus est venu accentuer le malheur des communautés estudiantines et académiques dans le grand Kasaï, renvoyant au chômage forcé tout le monde depuis près de six mois.

Dans ces conditions, il y a lieu de se demander si ce n’était pas réellement une malédiction qui s’abattait sur le grand Kasaï qui assiste impuissant à la descente aux enfers de sa jeunesse au moment où les pyromanes courent dans les rues de grandes villes du pays.

Après tous ces dégâts, nous ignorons tout sur ce qui a été fait pour la réhabilitation de ces infrastructures scolaires pour que 4 ans après la rentrée scolaire 2019-2020 se fasse dans les conditions les meilleures pour le bon fonctionnement des activités.