Congo-Brazzaville/La diplomatie de la santé : Que retenir de la crise pandémique liée à la Covid-19 ?

Congo-Brazzaville/La diplomatie de la santé : Que retenir de la crise pandémique liée à la Covid-19 ?

20 juillet 2020 0 Par Grandjournalcd.net

Dr. Pierre M’Pelé, ancien représentant de l’Organisation Mondiale de la Santé. Il est Ambassadeur Mercy Ships pour l’Afrique, Membre du groupe Afrique de la cellule de veille épidémiologique de l’Académie Nationale de Médecine en France et Ancien Directeur Régional de l’ONUSIDA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Au cours d’un entretien accordé à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée, il a relevé la place de la diplomatie sanitaire dans la gestion de la crise à coronavirus et le rôle que doit jouer l’Afrique pour relever le défi face à cette pandémie dans la recherche de solution à son éradication. Les Africains doivent prendre la situation en main, ne pas compter sur l’Europe. Même l’Organisation des Nations-Unies a du mal à aider l’humanité à s’en sortir.
« L’ONU semble bloquée, sclérosée, tétanisée tout comme l’Union Européenne malgré le volontarisme des institutions de Bretton Woods, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui se sont engagés à investir dans cette crise. Dans ce contexte, l’équilibre entre repli sur soi et coopération internationale est difficile à trouver. Il ne pourrait venir que de la science par la mise au point d’un traitement efficace et un vaccin disponible. En attendant que les recherches n’aboutissent, il est légitime de penser comme Monique Moreau que « pour vivre en harmonie avec autrui, rejoignez la diplomatie, elle portera ses fruits », a indiqué le Dr Pierre M’pelé.

Depuis que cette pandémie a fait son apparition, chaque pays a décidé de protéger son territoire. Aussi, les rencontres diplomatiques se déroulent ne visioconférences affaiblissant l’efficacité de la diplomatie internationale. Cela provoque en retour une difficulté majeure d’harmonisation des décisions et des actions. La panique face à ce virus émergent a provoqué le repli sur soi et la défense des frontières par la mise en place de l’Etat d’urgence sanitaire comme principale stratégie de la riposte à la pandémie.

« La diplomatie et la coopération internationale sont en panne (…) L’Assemblée Mondiale de la Santé tenue en mai dernier n’a pu se tenir qu’en deux jours en vidéoconférence. En septembre prochain à New York, aucun Chef d’État ne sera présent à l’Assemblée Générale de l’ONU et ce pour la première fois depuis la création de l’Organisation. L’ONU est dans l’impasse face au coronavirus et est un acteur marginalisé », a déclaré Dr Pierre Mpelé.
A propos de la découverte du vaccin, dans la course vers le traitement de contre la Covid-19 entre trois grandes puissances à savoir l’Union Européenne, la Chine et les Etats-Unis, l’apport de l’Organisation mondiale de la santé est presque impossible.
Pour le Dr Pierre M’pelé, « ni l’OMS, ni la communauté internationale ne pourront réussir à encourager la mise au point d’un vaccin gratuit et disponible au plus grand nombre sinon à tous ».
Selon l’orateur, ce sont les populations elles-mêmes qui doivent se faire entendre.
« Les réseaux sociaux aujourd’hui peuvent leur permettre d’élever la voix et mettre les firmes pharmaceutiques et les pays développés sous pression et face à leur responsabilité par des pétitions rassemblant des millions d’individus de tous les pays et de tous les continents. Les sociétés civiles, les intellectuels, les ONG des droits Humains, les activistes dans un plaidoyer fort doivent exiger que le vaccin contre la Covid-19 soit un bien collectif pour sauver l’humanité », a déclaré le Docteur qui précise par la même occasion que « la diplomatie internationale de la santé soit être adaptée et rendue plus efficace face aux pandémies d’aujourd’hui ».
L’Afrique est le continent prioritaire et principal bénéficiaire de la diplomatie internationale de la santé. Après plusieurs initiatives de la part du G7 et de l’Europe, dont les résultats méritent d’être salués, aujourd’hui ce continent fait face à la pandémie de la Covid-19 et les conséquences socioéconomique seront désastreuses dans le contexte d’un monde en émoi et déstabilisé.
« La pandémie de Covid-19 va appauvrir l’Afrique, qui risque de perdre les gains des dernières décennies dans les domaines du développement économique et social. La pandémie risque de déstabiliser les Nations et les régimes autoritaires ou non et ce, sur toute l’étendue ou presque du continent », a prédit le Dr Pierre M’pelé.
Et d’ajouter « l’Europe quant à elle a montré son impuissance face à la pandémie et est confrontée à une question structurelle sur ce continent parce qu’elle ne dispose que d’une « compétence d’appui » dans le domaine sanitaire. Elle n’apportera à l’Afrique que des dons multiformes pour exprimer sa solidarité devant des peuples en désarroi et habitués à des crises multiples accentuées par la pandémie de la Covid-19 ».

La décision d’annulation de la dette par la Chine n’est qu’un mirage car elle n’est pas prête à lâcher les pays africains. La Chine qui a décidé d’annuler ou d’alléger la dette des pays africains, veut creuser plutôt son emprise économique aux fins de contrôler ce continent dans le cadre des «Nouvelles Routes de la Soie ».
« L’Afrique doit aller chercher au plus profond d’elle-même la force de vaincre la pandémie de Covid-19 », a souligné le Dr Pierre M’pelé.
Notons que cette crise causée par le coronavirus a l’avantage dans le monde comme en Afrique, de repenser le monde, en le rendant plus solidaire.


Achille Tchikabaka, correspondant GRANDJOURNALCD.NET à Brazzaville