Yvon Moumpala, le dernier élève du maître est auteur compositeur, chanteur et mélodiste. C’est un homme à plusieurs casquettes. Il a travaillé avec Papa Wemba. Dans cette interview, il nous parle de son apport dans l’orchestre Viva la Musica.

Grandjournalcd.net : Est-ce qu’on peut être artiste, auteur compositeur, chanteur et mélodiste sans penser à avoir un groupe musical ?
Yvon Moumpala : Au départ avoir un groupe musical n’a jamais fait partie de ma démarche. Parce que la musique était dans mon corps quelque chose qui s’exprimait mais que je gardais précieusement grâce à un grand, Papa Wemba qui l’a mis au grand jour et aujourd’hui je suis ce chemin pour laisser l’emprunte par rapport à ce que je sais faire : la musique.
Gjcd.net : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre rencontre avec Papa Wemba ?
Y. M : Papa Wemba c’est une sœur du quartier en France qui s’appelle Maguy, et moi j’étais très proche de Reddy Amissi avec qui elle me voyait souvent. Après je suis passé avec Stino de la chorale. Elle me dira un jour : arrête de te promener à gauche, à droite. Viens. Je vais te présenter à Papa Wemba. Cela se passe une année avant son arrestation.
Gjcd.net : Qu’est-ce que vous vous êtes dit dès le premier jour de votre rencontre ?
Y. M : Le premier jour n’était pas un contact professionnel. Il m’avait dit qu’il me voyait dans le monde artistique mais il ne savait pas que j’écrivais. C’était pour lui un choc de me dire que « c’est toi que je vois là chanter pour untel et untel ». Il me dira que c’est bien, on va se voir. Deux semaines plus tard, on a commencé à travailler et à la troisième, il est arrêté.
Gjcd.net: Quel a été le premier pas qui était placé sur l’étrier ?
Y. M : L’étrier c’était dans l’album Somo trop. Dans cet album, on a travaillé William. C’était avant le Quatro. Et donc le clin d’œil est parti de là par rapport à une chanson qui avait marché. A partir de là, il va m’ouvrir son cœur et à travailler les albums d’après. Il y en a eu d’autres titres que j’ai composés qui ont marqué la carrière de l’artiste : Walter, Yé té, Six millions ya ba soucis, Libongo, Blessure en hommage à Emmeneya Kester et bien d’autres. Des chansons qui ont fait le bonheur de Papa Wemba. C’est comme il le disait que « mon bonheur tu le connaîtras quand je ne serai plus là ». Il nous préparait déjà à sa mort. Parler de Papa Wemba aujourd’hui, c’est comme s’il est toujours présent avec nous car tout ce qu’il disait se réalise par rapport à l’évolution de la musique notamment de notre rumba. C’est même lui qui m’avait conseillé d’être souvent au pays pour voir comment les autres travaillent et d’apporter ma pierre à l’édifice de la musique congolaise, africaine en générale.
Gjcd.net : Vous avez travaillé à côté de Papa Wemba pendant 17 ans, qu’est-ce que vous avez retenu de lui ?
Y. M : Papa Wemba était très humble, très simple, très courtois et très honnête. Autre chose, il bossait beaucoup. En passant. Malgré que j’amenais mes chansons, il m’a appris à les milimétrer. C’est-à-dire, à dire beaucoup de choses en peu de temps. Au-delà, j’ai appris la discipline, les convictions. C’était un monsieur qui avait des convictions et il ne s’en dérobait pas. Il avait l’Afrique dans sa peau. C’est pour ça qu’aujourd’hui l’enfant africain qui est né aux Etats-Unis, en Europe et partout, a le devoir de réinscrire l’histoire de l’Afrique.
Gjcd.net : On remarque que vous veniez à la rescousse de Papa Wemba quand il n’y avait plus rien sur la visibilité de Viva la Musica…
Y. M : C’est là où aussi il y avait sa force. Parce qu’elle partait de l’ouverture d’esprit qu’il avait. Quand je travaillais Papa Wemba, il me donnait la charge de connaître les concepts de la musique de Viva la Musica et aussi d’avoir une vision différente pour qu’il apporte quelque chose de nouveau dans l’esprit de cet orchestre. Vous verrez donc que les albums de Papa Wemba ne se ressemblaient pas. Il y avait toujours des touches nouvelles par rapport à cette vision. J’ai apporté quelque chose dans Viva la Musica par la façon d’écrire, de faire. Il a ajouté son expérience à ma façon d’écrire et de chanter.
Ndlr : Yvon Moumpala a aussi travaillé avec Fofana Moulady dans l’album Vie du prochain dont il était la parrain. Album sorti en 1993. Il a également travaillé avec aussi Quentin Moyasco, Guy-Guy Fall, Fafa de Molokay. Il prépare présentement son prochain album Enigme après Etat d’esprit sorti il y a trois mois.


Propos recueillis par Achille Tchikabaka, Correspondant GRANDJOURNALCD.NET à Brazzaville.