Santé et Société : « Que faire devant l’inévitable ? » (Tribune du chercheur Joseph Germain Muanza)

Santé et Société : « Que faire devant l’inévitable ? » (Tribune du chercheur Joseph Germain Muanza)

25 mai 2020 0 Par Grandjournalcd.net

L’inévitable pourrait être la mort. L’inévitable pourrait être une maladie comme le Coronavirus, le SIDA ou toute autre situation difficile que nous ne pouvons pas changer.

À la lumière de la disparition de cet être cher, je me retrouve dans l’impuissance de faire quoi que ce soit et je suis obligé de me résigner, d’accepter ce qui lui est arrivé en sachant que c’est la voie commune à nous tous.
Chacun de nous a déjà perdu au moins un proche : son père, sa mère, son mari ou sa femme, son enfant, son oncle, sa tante… C’est inévitable. Mais que faire pour composer avec l’inévitable ? Il faut oublier, éviter de s’y accrocher afin d’avancer.

La rapidité avec laquelle nous pouvons nous adapter à des situations nouvelles, si nous ne pouvons faire autrement est étonnante. Une inscription en Flamand trouvée au-dessus du portail délabré d’une Cathédrale du XVe siècle à Amsterdam indique : « C’est ainsi, et cela ne peut être autrement ».

À mesure que se déroule notre existence, nous rencontrons bien des situations déplaisantes auxquelles s’applique cette phrase : « c’est ainsi, et cela ne peut être autrement ». C’est le cas pour le Coronavirus et ses conséquences : la mort, le chômage et la précarité qui en découlent. Nous pouvons ou bien les accepter telles qu’elles sont, les considérer comme inéluctables et nous y adapter, ou bien nous insurger, ruiner notre santé par une rébellion permanente.

J’admets qu’il n’est pas facile d’apprendre à accepter l’inévitable. Même les souverains doivent se dominer pour y parvenir.
Le Roi George V d’Angleterre avait fait accrocher dans sa bibliothèque à Buckingham Palace cette devise : « Apprenez-moi à ne pas désirer la lune, à ne pas me plaindre de l’inéluctable ».
Schopenhauer a exprimé la même pensée en disant : « N’oublions surtout pas d’emporter une bonne dose de résignation parmi nos provisions pour le long voyage de la vie ».

De toute évidence, ce ne sont pas les circonstances seules qui nous rendent heureux ou malheureux. Ce sont surtout nos réactions devant ces circonstances qui déterminent notre état d’esprit. Jésus-Christ a dit que nous portons en nous-mêmes le Royaume des cieux. Nous portons également en nous-mêmes notre propre enfer.

Nous pouvons tous, fort bien supporter des catastrophes et surmonter nos malheurs, quand nous y sommes forcés. Parfois, nous pensons que nous n’y arriverons pas, mais nous possédons des réserves surprenantes de force et d’énergie qui nous permettront de nous dépasser, à condition de les utiliser. Nous sommes plus forts que nous ne le pensons.

Booth Tarkington avait coutume de dire : « Je suis certain de pouvoir endurer ce que la vie doit me réserver, sauf la cécité. Cela, je ne pourrais jamais le supporter ». Or, un jour, à soixante ans, comme il regardait distraitement le tapis de son salon, il eut l’impression de voir les couleurs se confondre. Il n’arrivait plus à en distinguer le dessin. Il s’adressa à un spécialiste et apprit la vérité : il était en train de perdre la vue. Un œil était déjà aveugle, l’autre n’allait pas tarder à le devenir. Il devait affronter l’épreuve qu’il redoutait par-dessus tout. Quelle fut la réaction de Tarkington devant ce coup du sort ? « Cette fois, ça y est. Je suis fichu ! ». Eh bien, non. À son propre étonnement, il se sentait encore heureux. L’effet de surprise passé, il retrouvait même son humour.

Lorsque sa cécité devint totale, Tarkington déclara : « J’ai constaté que je pouvais supporter la perte de la vue aussi bien qu’un autre. Si j’avais perdu à la fois la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût, j’aurai encore pu vivre en me repliant sur mes pensées, mes sentiments. Car, en fin de compte, c’est notre esprit qui voit, c’est dans notre esprit que nous vivons, c’est dans notre esprit que nous nous en rendions compte ou non ».

Dans l’espoir de recouvrer la vue, Tarkington se soumit à plus de douze opérations en l’espace d’une seule année. Des opérations sous anesthésie locale. Pas une fois, il ne se plaignit. Il savait qu’il fallait passer par là. Par conséquent, le seul moyen d’apaiser quelque peu ses souffrances était de les accepter de bonne grâce.

De la même manière, face à cette pandémie du Coronavirus, face à la mort que ce virus provoque, face au chômage et la précarité qu’il engendre, notre seul moyen d’apaiser nos souffrances, c’est de les accepter de bonne grâce. Mais pas les accepter en restant à ne rien faire, mais en cherchant à rester créatif pour provoquer de nouvelles opportunités qui s’offriront à nous.

Tout être humain normal, frappé de cécité et contraint d’endurer plus de douze opérations, aurait fini par être abattu. Ce que font la plupart des humains bien sûr. Mais pas Tarkington. Il affirmait : « Pour rien au monde, je n’aurais accepté d’échanger cette expérience contre une autre. C’est cette épreuve qui m’a appris la résignation, qui m’a montré qu’aucun problème ne saura avoir raison de ma résistance ».

Comme l’a écrit John Milton, le grand poète anglais, devenu aveugle lui aussi : « Le malheur n’est pas de perdre la vue, mais d’être incapable de le supporter ».
Comme qui dirait : « Le malheur n’est pas d’attraper le Coronavirus, mais d’être incapable de le supporter ; le malheur n’est pas de perdre son job, mais d’être incapable d’en trouver un autre ; le malheur n’est pas de perdre son proche, mais d’être incapable de l’accepter… ».
Margaret Fuller, célèbre féministe de la Nouvelle Angleterre, choisit comme devise : « J’accepte l’univers tel qu’il est ». Comprenons bien que nous avons intérêt à composer avec l’inévitable. En nous rebellant ou en nous plaignant, nous ne changeons rien, sauf nous-mêmes.
Maintenant, ne croyez surtout pas que je conseille d’accepter avec résignation tous les coups durs. Loin de là ! Ce serait du fatalisme. Tant qu’il nous reste une chance de redresser la situation, luttons ! Mais quand le bon sens nous montre que nous nous battons contre quelque chose qui « est et ne peut être autrement » alors, par pitié pour notre équilibre, cessons de nous abandonner à la nostalgie de ce qui « aurait pu être ».

Des nombreux leaders et des personnalités ayant réussi chacun dans son domaine, ont une aptitude extraordinaire à composer avec l’inévitable et, grâce à ce principe, à dominer le stress. Dans le cas contraire, ils auraient craqué. En voici quelques exemples :

J.-C. PENNEY, fondateur de la grande Chaîne de magasins qui porte son nom déclara : « Même si je perdais demain jusqu’à mon dernier dollar, je ne me tourmenterais pas, pour la bonne raison que je ne vois pas à quoi cela me servirait. Je travaille de mon mieux ; quant aux résultats de mes efforts, je m’en remets au destin ».
Et Henry Ford disait à peu près la même chose en ces termes : « Lorsque je n’arrive pas à diriger les événements, je les laisse se diriger eux-mêmes ».

Quant à K.T. Keller, président de Chrysler, il déclarait un jour : « Lorsque je dois affronter une situation grave, je cherche d’abord à faire quelque chose pour l’améliorer et, si c’est possible, je le fais. Au contraire, si je me rends compte que tous mes efforts n’y changeront rien, je ne pense plus à cette affaire, je l’oublie tout simplement. Jamais je ne me tracasse pour l’avenir, car je sais que personne ne peut le prévoir exactement. Cet avenir dépend d’innombrables facteurs. Or, personne ne peut les deviner. Alors, pourquoi s’énerver ? ».
Épictète enseignait : à Rome, il y a de cela plusieurs siècles : « Il n’y a qu’un moyen d’atteindre le bonheur : composer avec les événements ».

Sarah Bernhardt, la ‘’Divine’’, savait admirablement accepter l’inévitable. Durant un demi-siècle, elle avait été la reine du théâtre, l’actrice la plus adulée du monde. Puis à soixante et onze ans, elle entendit son médecin, le professeur POZZI, lui annoncer qu’il allait l’amputer d’une jambe. En traversant l’Atlantique, elle avait fait une chute sur le pont du paquebot, se blessant à la jambe. Une phlébite aiguë se déclara et bientôt, les douleurs furent telles que le docteur dut se résoudre à l’amputation. Ce fut avec une grande appréhension qu’il prévient la ‘’Divine’’, connue pour son tempérament orageux. Il était certain que la terrible nouvelle allait déclencher une crise de nerfs. L’espace de quelques instants, Sarah le dévisagea, puis, elle dit calmement : « S’il le faut, faites-le ». Cela, c’était accepter le destin.

Après son opération et sa convalescence, Sarah reprit ses tournées à travers le monde entier et put encore charmer les foules pendant sept ans.
En cessant de nous battre contre l’inévitable, nous libérons des énergies qui nous permettent de nous créer une existence plus riche. Aucun être humain ne possède assez d’énergie pour, simultanément, lutter contre l’inévitable et se créer une existence plus riche. Il faut choisir l’un ou l’autre. Vous pouvez soit vous incliner devant les orages inéluctables de la vie, soit résister jusqu’à ce qu’ils vous aient brisé.

Que nous arrive-t-il si nous résistons aux chocs de la vie, au lieu de les amortir ? Si nous nous refusons de ‘’plier comme le roseau’’, et si nous nous entêtons à ‘’résister comme le chêne » ? La réponse est évidente. Nous susciterons des conflits intérieurs, nous serons tendus, stressés, inquiets.
De cette manière, nous serons comme une bête traquée par un prédateur, obligée de chercher une cachette ou mieux s’arrêter pour se défendre. Impossible d’aller de l’avant dans ces conditions.

À chaque fois que vous vous trouvez face à une situation stressante, ou à quelque chose à laquelle vous ne pouvez rien changer, haussez vos épaules en vous disant : « N’y pense plus ».
Déjà Socrate, quatre cents ans avant notre ère, avait montré l’exemple en acceptant avec calme de boire la ciguë fatale. Sa condamnation obtenue par des envieux, ne lui laissait guère le choix.
Sachons, nous aussi, composer avec l’inévitable, que ça soit le Coronavirus ou autre chose.

Voilà tout sur : « QUE FAIRE DEVANT L’INÉVITABLE ? ».

À vos marques ! Prêts.

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Germain Joseph MUANZA K. Auteur, coach et conférencier.