Célébration du 8 Mars : « Le pagne nous déssert plus qu’il ne nous sert » (Marlène Beya)

Célébration du 8 Mars : « Le pagne nous déssert plus qu’il ne nous sert » (Marlène Beya)

2 mars 2020 0 Par Grandjournalcd.net

Le 8mars est la journée internationale des droits des femmes, et porter ce tissus est aussi un droit. Le but du message n’est pas de dicter ou imposer le choix du noir, mais d’inviter les femmes congolaises à se poser les vraies questions, à se laisser guider non pas par les émotions, mais par la raison… Bref, inviter la femme congolaise à faire usage de ce cerveau qui ne nous a pas été donné à titre décoratif !

Lorsqu’on fait une évaluation des risques sur le port du pagne du 8mars, on relève qu’il y’a plus de faiblesses et de menaces que de forces et opportunités à porter ce tissus.

FAIBLESSES ET MENACES

Combien de couples entreront en conflit à cause de ce pagne ? Combien de femmes devront brader leur dignité pour obtenir ce pagne ? Combien vont s’endetter pour avoir ce pagne ? Avec le taux de chômage élevé, ce pagne n’est pas à la portée de toutes les femmes. Quand vous observez le contenu moyen du panier de la ménagère, vous imaginez quelle gymnastique certaines femmes font pour avoir ce pagne.

Et le plus triste, c’est que la plus part de celles qui arborent ce pagne ne sont pas au courant du thème de cette journée, parce que focalisées sur le choix de la couleur, les accessoires, la coiffure du jour, et le lieu où soulever.

Aussi, ce pagne est le plus vendu au Congo (Kinshasa). Mais aucun bénéfice de la vente n’est destiné à résoudre un problème précis qui mine la gent féminine. Aucun pourcentage n’est aloué à une cause féminine noble, à une catégorie marginalisée… Les bénéfices de ce pagne reviennent à un réseau, au grand mépris des besoins de la majorité.

Par ailleurs, les motifs sur ce pagne n’expriment pas réellement les problèmes majeurs qui ont marqué l’actualité au courant de l’année. On dirait que tout est fait pour abrutir les femmes congolaises. À travers le défilé médiatisé, on voudra faire croire au monde que les femmes congolaises s’identifient à l’action abstraite du gouvernement. À sa générosité sélectionnée. Et pourtant, la plupart des defileuses souffrent dans leur chair, et âme. Elles sont battues, leurs filles sont violées, soumises au droit de cuissage dans leur lieu de service… Mais il faut alors lire les messages sélectionnées qu’elles brandissent sur leur pancartes…

Nous voulons être en pagne le 08 mars alors que :
Les maternités coûtent chères, les traitements des cancers du sein et du col de l’utérus ne sont pas amortis par l’État, l’agriculture n’est pas moderne ( nous continuons de vivre tranquillement sous assistance alimentaire des organismes des Nations Unies)…

Entre temps, on a des femmes réfugiées dans les forêts ( à l’Est du pays…), qui manquent de serviettes hygiéniques, qui accouchent sur les herbes, et pourtant, si il donnait 50.000 de fond de commerce à chaque rescapée, il aurait soulagé au moins 200 femmes et par ricochet 200familles sinistrées.
Mais ce qu’on trouve mieux à offrir aux femmes, c’est un bout de tissu qui n’a de valeur que pour une seule journée.

FORCES ET OPPORTUNITÉS

Les seules opportunités qui reviennent en commentaire sont : les emplois créés/tonifiés ce jour. Tellement habitués au moindre effort du gouvernement, les défenseur de la jouissance autour de cette journée ne comprennent pas (ou alors font semblant de comprendre) qu’on peut créer des emplois sur la durée avec l’argent gaspillés dans l’achat de ce pagne.

Seulement grace aux bénéfices de sa commercialisation, on peut créer des centres de formation, on forme les femmes, à la fin on leur octroie des équipements de travails.

Chères femmes, pourquoi attendre tranquillement le 8mars pour mettre un pagne et revendiquer vos droits ?

Aucune étude n’a démontré que les activités autour du 8mars en RDC ont réduit le taux de chômage . Finalement, ces simulacres d’opportunités qu’on nous sert ce jour sont en réalité des faiblesses et menaces bien ordonnées.

Il revient donc à chacune de nous de se poser la question : « à quoi me sert ce pagne ? » Car en vérité, il nous déssert plus qu’il ne nous sert !

Marleine Beya : le pouvoir de la femme