Congo-Brazzaville : « Le Motissage se sert du Slam comme vecteur d’éducation, de rééducation, de réinsertion et de réhabilitation » « Robinson-Solo »(Interview)

Congo-Brazzaville : « Le Motissage se sert du Slam comme vecteur d’éducation, de rééducation, de réinsertion et de réhabilitation » « Robinson-Solo »(Interview)

28 février 2020 1 Par Grandjournalcd.net

La Kasa Anonymat est porteur d’un projet intitulé Motissage au profit des jeunes égarés et des orphelins de la société. Robinson Solo, promotrice du Motissage, label, et artiste slameuse congolaise de renommé international parle dans l’interview qu’elle a accordée au grandjournalcd.net, les raisons et le bien fondé d’une telle initiative au profit des jeunes et autres personnes vulnérables de son pas.

Grandjournalcd.net : Peut-on savoir d’entrée de jeu, ce que veut dire Motissage ?
Robinson Solo : Motissage vient de deux mots. Mot qui signifie idée et tissage qui signifie action. C’est comme dit le slogan, c’est de l’idée à l’action. Et dans le cadre de ce projet, il est prévu des slams, des jeux, des animations autour du livre, le développement humain et une animation sur le développement culturel. Le Motissage se sert du Slam comme vecteur d’éducation, de rééducation, de réinsertion et de réhabilitation. Nous voulons établir un pont de communication entre garent d’éducation et bénéficiaire. Mais aussi entre bénéficiaires.

Gjcd.net : Qui sont les bénéficiaires de ce projet ?
R. S : Les bénéficiaires de ce projet sont les élèves, les orphelins que nous rencontrerons dans leurs lieux respectifs c’est-à-dire les écoles et les orphelinats ainsi que les mineurs incarcérés dans des centres de détention. Nous avons choisi cette catégorie d’enfants simplement parce que c’est une première phase de ce projet. Certes, j’ai d’abord organisé le projet Motissage tout en ciblant les personnes en situation vulnérable (…) C’est une façon pour moi d’aider ces jeunes à réaliser un projet d’avenir. J’ai surtout été inspirée par le message du chef de l’Etat à la nation dans lequel il invitait les jeunes à travailler, de ne pas se lancer dans la délinquance. Ça a finalement attiré mon attention parce que la nation c’est nous tous. Il faut une volonté collective pour mener à bien cette action. Je me suis alors sentie concernée, tout en sachant que la jeunesse est la fondation d’une nation. Je me suis dit que je peux répondre à cet appel en allant vers ces jeunes-là pour leur proposer ce que j’ai. J’ai voulu rappeler le rôle que l’art peut jouer dans la société car il peut l’aider à évoluer et de part l’art aussi on peut réaliser un grand projet. Par ce projet, je veux leur dire qu’il y a de l’espoir et que l’on peut toujours réaliser ses rêves si l’on a fait un bon choix. Aussi, relever ces enfants qui ont perdu espoir pour leur dire cette fois-ci qu’ils mieux faire demain et qu’il ne sert de se décourager. Donc, Motissage
est à la fois une action préventive et curative afin de lutter contre les antivaleurs.
Gjcd : Ces jeunes que vous ciblez ont commis des actes délictueux aux yeux de la République. Sont-ils aujourd’hui les meilleurs répondants pour vous ?
R. S : Je vais reprends les mots du président de la République qui disait que « ce sont nos enfants ». Ce sont mes frères, mes sœurs. Ce n’est pas parce qu’un couteau t’a blessé et que tu vas le jeter. Je me dis que tout le monde est aussi vulnérable. Qu’on ne se leurre pas à ce sujet. Parce qu’à un moment de la vie, tout peut chambouler ; il suffit qu’on se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment où l’on prendra même des décisions qui sont regrettables. Je ne vois pas ces jeunes en tant que les déchets de la société. Certes que j’ai été moi-même victime d’agression de la part des américains, Arabes mais, je les aimes et j’ai compris qu’il faille les sortir de là. Ce que je veux pour ces jeunes égarés, c’est de leur donner des armes pour qu’ils sachent affronter les réalités de la vie et à mieux s’organiser.
Gjcd : Est-ce que les parents ne sont pas responsables dans l’éducation de
ces enfants ?
R. S : Il n’y a pas que les enfants. Les parents sont responsables. Ce qu’il y a lieu de faire c’est de sensibiliser les jeunes, discuter avec eux pour savoir là où rien ne va. Aussi, essayer de les comprendre et surtout interpeller les parents qui constituent une barrière entre ces jeunes et la société. Ils doivent plutôt assumer leur rôle. J’avoue que c’est une situation que je regrette pour cette jeunesse malheureusement, ils y vont malgré la bonne situation sociale de certains. Parce que tous ne viennent pas des parents pauvres. Je sais que pour les victimes cela ne semble pas bon mais, à quoi bon de les laisser s’égarer de plus belle.
Gjcd : Etes-vous sure d’aller au bout de votre projet ?
R. S : Je pense que je suis déjà satisfaite. Le fait se dire que je peux le faire, est
une forte détermination. La volonté y est ; personne ne m’a lancée là-dedans. Je suis convaincue que ça donnera plus de résultats. Mais on ne reculera devant rien malgré les déceptions et les embûches le long de la marche. Mon ambition est de réhumaniser cette société. Mais cela commence par le dialogue. Le dialogue c’est aller vers ces gens, discuter avec eux. Comment oses-tu aider quelqu’un si tu ne le connais pas ? C’est impossible. Voilà pourquoi, je dis que ça va aller.

Ndlr : le lancement de ce projet a eu lieu à Kinkala, dans le département du
Pool, et va se poursuit à l’école privée Sainte-Thérèse, à l’orphelinat Sainte
Immaculée et à la Maison d’arrêt de Brazzaville. Il sera clôturé le 29 février.

Propos recueillis par Achille Tchikabaka, Correspondant
GRANDJOURNALCD.NET à Brazzaville